Le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA) s’est traduit par une augmentation des investissements liés aux infrastructures nécessaires à son fonctionnement, impliquant des conséquences énergétiques et environnementales.
L’impact énergétique a pour origine les besoins importants en électricité requis par ces infrastructures. Ensuite, la mobilisation de ressources naturelles ayant une empreinte carbone élevée, comme l’eau et les métaux rares, affecte négativement l’environnement.
Dans son étude publiée le 17 décembre 2025, l’Autorité de la concurrence (ADLC) considère que ces impacts sont de nature à entraîner notamment trois enjeux concurrentiels.
- La difficulté d’accès à l’énergie
Les acteurs de l’IA font face à un accès difficile au réseau électrique et lié à une forte demande de raccordement. De même, l’accès à l’énergie à un prix compétitif et prévisible est un véritable enjeu dans ce secteur.
Pour l’ADLC, il en résulte plusieurs préoccupations concurrentielles :
- L’offre limitée d’électricité pourrait constituer une barrière à l’entrée ou à l’expansion pour les acteurs de taille modeste dans le secteur.
- Compte tenu de leur puissance, les grands acteurs du numérique pourraient sécuriser leurs approvisionnements en énergie et obtenir des conditions avantageuses, au détriment de leurs concurrents.
- Enfin, les opérateurs de centres de données pourraient devenir des fournisseurs d’énergie sur le marché amont en raison d’éventuelles capacités excédentaires d’électricité.
Selon l’Autorité, la concurrence pourrait en être affectée non seulement sur les marchés numériques, mais aussi sur les marchés énergétiques.
- L’émergence de la « frugalité » comme paramètre de concurrence
L’ADLC explique que la frugalité d’un système IA consiste en « la consommation optimisée des ressources dans un objectif de minimisation de l’impact environnemental ».
La frugalité, dont en particulier l’impact carbone, est devenue un paramètre de concurrence permettant à une offre IA de se différencier, affirme l’ADLC.
L’ADLC en a identifié plusieurs conséquences :
- Le risque d’adoption de comportements trompeurs sur le faible impact environnemental de l’IA, faisant bénéficier d’avantages concurrentiels.
- Le risque d’absence de communication sur l’empreinte environnementale, si ce refus résulte d’une décision conjointe de plusieurs concurrents ou d’un seul acteur en position dominante.
- Le risque de limitation, par certains acteurs, de l’innovation en matière de frugalité pour diminuer ou annihiler le jeu concurrentiel sur la frugalité.
- La standardisation en cours relative à l’empreinte environnementale
Il existe plusieurs types de standardisation, comme par exemples les bonnes pratiques proposées par les pouvoirs publics ou le développement d’outils de mesure de l’empreinte environnementale.
Pour l’ADLC, si la standardisation a généralement un impact positif sur le jeu concurrentiel, elle n’est pas exempte de risques lorsqu’elle relève d’une entente entre concurrents ou d’un comportement unilatéral d’un opérateur dominant (comme par exemples, le développement d’outils de standardisation sans méthodologie scientifique ou les échanges d’informations sensibles entre concurrents).
Avec la contribution de Bruce Colas
Stagiaire au sein du département de droit économique




