Les lunettes connectées : la CNIL appelle à la vigilance

Publication de la CNIL du 11 mai 2026

L’essor des lunettes connectées marque une nouvelle étape dans la diffusion des technologies dites de « wearable computing ». Ces dispositifs impliquent une interaction quasi permanente entre l’utilisateur, son environnement et des systèmes d’intelligence artificielle capables d’analyser en temps réel sons, images et vidéos.

La CNIL a mené au début de l’année 2026 une enquête auprès d’un échantillon représentatif de la population française. Les résultats mettent en évidence une défiance marquée à l’égard de ces dispositifs : 67 % des personnes interrogées considèrent que les lunettes connectées présentent un risque d’atteinte à la vie privée.

Dans ce contexte, l’autorité alerte sur les enjeux de protection de la vie privée soulevés par ces technologies et annonce le lancement d’un plan d’action dédié.

Ce qui préoccupe la CNIL

La CNIL insiste sur une caractéristique essentielle de ces dispositifs : leur capacité à capter des données personnelles de manière discrète, voire quasi invisible pour les tiers. Contrairement à un smartphone, dont l’utilisation pour filmer ou enregistrer demeure relativement identifiable, les lunettes connectées peuvent en effet enregistrer en continu ce que regarde leur porteur sans que les personnes situées à proximité en aient nécessairement conscience.

L’autorité relève dans ce cadre que les mécanismes destinés à informer les tiers de l’activation des capteurs – comme les voyants lumineux – demeurent imparfaits ou absents selon les usages envisagés.

Plus généralement, elle considère que le déploiement massif des lunettes connectées pourrait conduire à une transformation profonde des équilibres sociaux en généralisant une forme de surveillance mobile et omniprésente. Cette évolution pourrait progressivement créer un sentiment d’observation permanente chez les personnes concernées, avec un risque d’autocensure et d’atteinte indirecte à certaines libertés fondamentales, notamment les libertés d’expression, de réunion ou de manifestation.

La CNIL évoque également les risques spécifiques liés à l’utilisation de ces dispositifs dans des espaces où un haut niveau d’intimité est attendu, tels que les cabinets médicaux, vestiaires ou domiciles privés.

Selon la CNIL, ces dispositifs soulèvent donc des problématiques particulièrement sensibles au regard du droit à la vie privée, du droit à l’image et plus largement de la protection des données personnelles. Dans cette communication, elle ne se prononce toutefois pas sur l’application effective du RGPD aux usages personnels des lunettes connectées, étant rappelé que ces textes ne s’appliquent pas aux traitements effectués « par une personne physique dans le cadre d’une activité strictement personnelle ou domestique » (RGPD, article 2, § 2, c).

Le lancement d’un plan d’action de la CNIL

Prenant acte de l’importance des enjeux juridiques, éthiques et sociétaux soulevés par ces dispositifs, la CNIL annonce le lancement de travaux spécifiques sur la conformité des lunettes connectées en matière de protection des données personnelles.

Ces travaux auront d’abord une dimension juridique et technique. L’autorité indique que les questions posées par ces dispositifs nécessitent des analyses approfondies, notamment au regard de leur fonctionnement, des données captées, des usages possibles et de l’intégration de systèmes d’intelligence artificielle.

La CNIL souhaite également inscrire ces réflexions dans un cadre européen. Les lunettes connectées étant développées et commercialisées au niveau international, l’autorité française entend engager des échanges avec ses homologues européens au sein du Comité européen de la protection des données.

Enfin, la CNIL relève que les enjeux dépassent le seul champ de la protection des données personnelles. Elle prévoit donc d’échanger avec d’autres autorités publiques compétentes et d’aborder ce sujet lors de prochains évènements, notamment à des fins de sensibilisation.

Les premières bonnes pratiques recommandées

Dans l’attente de ces travaux, la CNIL publie déjà plusieurs bonnes pratiques à destination des utilisateurs de lunettes connectées. Elle recommande notamment d’informer les personnes situées à proximité lorsque ces dispositifs sont utilisés, de désactiver les fonctions de captation lorsqu’elles ne sont plus nécessaires et d’éteindre les lunettes dans les lieux où il est demandé d’éteindre son téléphone portable.

L’autorité invite également les utilisateurs à éviter l’usage de ces dispositifs dans les lieux où les personnes ne s’attendent pas à être filmées ou enregistrées. Elle rappelle enfin la nécessité d’obtenir le consentement des personnes concernées avant d’utiliser ou de publier des photos ou vidéos dans lesquelles elles apparaissent, par exemple sur les réseaux sociaux.